Sœur Marie-de-la-Providence, soixante-cinq ans, confection des hosties
Née dans une famille aisée du Berry où ses parents possèdent une très grande ferme, elle est la dernière d’une famille nombreuse et la seule à ne pas faire d’études, faute de facilité intellectuelle. Elle coule une enfance heureuse dans une famille très pieuse. Elle découvre la Vierge et l’aime. À la ferme, elle pourrait rester inactive, les ouvriers étant là pour travailler, mais elle désire participer et a envie d’apprendre beaucoup de choses sur la terre, la culture, la nature. Lorsqu’elle atteint dix-huit ans, ses parents l’autorisent à partir seule à bicyclette vers tous les endroits où la Vierge est apparue. Elle dort dans des granges et se nourrit de pain.
À vingt et un ans, elle entre comme postulante chez les clarisses de L., mais elle s’y sent très mal, pour des raisons dont elle ne parle jamais ; un prêtre lui conseille alors de changer de monastère. Elle essaie A. et y reste.
Très travailleuse, elle aime tout ce qui concerne la terre. Pourtant, son emploi consiste à confectionner les hosties. Lorsqu’il n’y a pas de commande ou lorsqu’elle a terminé le travail dont elle est responsable, elle sert de « bouche-trou » au jardin, à la buanderie ou au grenier. C’est également elle qui fait les socques qui tiennent lieu de chaussures. Elle participe à tous les travaux communautaires : c’est elle qui entretient le feu sous la lessiveuse pendant la grande lessive et qui veille à la chaleur du fer au moment du repassage. Ce sont deux activités extrêmement pénibles.
Sœur Marie-de-la-Providence aime la vie de communauté et est aimée des sœurs parce que très serviable.
Elle ne lit jamais ; elle passe tout son temps à travailler en récitant le rosaire. Souvent elle s’attarde à la tâche et arrive en retard aux offices, la guimpe froissée et le voile de travers. Notre mère la regarde alors mais ne dit jamais rien. Lorsqu’elle doit lire un texte, elle a du mal à trouver la page et se trompe tout le temps. Elle fait toujours la même coulpe : « J’ai mal rangé les outils du bien commun. »
Sœur Marie-de-la-Providence a de beaux yeux bleus, et tout son être respire l’énergie et la douceur. Le fait de ne jamais se laver – même pas les pieds au retour du jardin – ne paraît pas l’incommoder. L’habitude qu’elle a prise d’ôter ses chaussures fait que ses pieds sont « protégés » par une corne noire très épaisse. Comme presque toutes les sœurs, les maux l’accablent : elle souffre des vertèbres et de l’estomac. Elle vomit souvent en cachette. Mais cela ne l’empêche pas de travailler vaillamment.